Le meilleur des mondes sans conducteur

Moins d’accidents, un environnement plus sain, une mobilité augmentée, du temps libéré. Les promesses des véhicules autonomes foisonnent. Mais restent du domaine de la projection.

Environnement, santé, manque d’espace et de temps, accessibilité et même… la mort. Les véhicules sans conducteur seraient la solution miracle à tous les maux de notre société. Les études prospectives fleurissent et annoncent une vie meilleure aux usagers de ces véhicules. Cet enthousiasme invite paradoxalement à la prudence. Pour autant, des tendances se dessinent. La majorité des liard de kilomètres parcourus, soit plus de cinquante fois la norme actuelle. L’Observatoire du véhicule d’entreprise extrapole ainsi que le nombre d’accidents routiers chuterait de 5,5 millions à 1,3 million par an aux seuls États-Unis. Le nombre de morts et de blessés de la route serait lui aussi divisé par quatre environ.

Moins d’accidents, moins coûteux

Au-delà de la question humaine, cette trajectoire, si elle était avérée, aurait un impact économique significatif. Les accidents corporels et matériels de la route représentent en France un coût de 50 milliards d’euros annuels. Ce chiffre, qui équivaut à 2,2 % du PIB, s’obtient en additionnant la perte de production liée à la personne décédée, le coût des hospitalisations, ainsi que le coût des dégâts matériels (1). La sécurité renforcée soulagerait par ailleurs les services hospitaliers et les forces de l’ordre, leur permettant ainsi de réallouer leurs moyens à d’autres missions. Le basculement du règne du pétrole au tout électrique automobile contribuerait également à une réduction significative des émissions de particules fines. Les émissions de gaz à effet de serre pourraient elles aussi chuter, à certaines conditions. La réduction des émissions de gaz à effet de serre par kilomètre parcouru pourrait atteindre 90 % pour un véhicule électrique, autonome et partagé, en comparaison avec un véhicule privé à propulsion essence datant de 2014 (2).

Plus de robots-taxis, moins de parkings

S’il est couplé à l’autopartage, le scénario de la voiture autonome conduit à une chute de trafic. Les trajets se trouveraient optimisés grâce aux systèmes embarqués, qui calculeraient le parcours optimal en termes de temps, de distance et de consommation électrique. Moins polluants, les véhicules contribueraient à améliorer la santé de tous. Selon une étude McKinsey (3), une voiture demeure stationnée 96 % de son « temps de vie ». Dans les villes, la moitié de l’espace public est occupé par des véhicules. Avec les véhicules autonomes partagés, plusieurs passagers utiliseraient un seul robot-taxi tout au long de la journée. Désertés, certains parkings pourraient être convertis en stations de recharge ou aires de dépose pour taxis aériens.

Mobilité accrue

La mise en place de taxis-robots permettrait également la prise en charge de catégories de population jusque-là exclues de la mobilité. Les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, les personnes isolées en situation de précarité ou encore les enfants accéderaient à des véhicules autonomes. Ces derniers leur permettraient de réaliser des activités quotidiennes jusque là inaccessibles sans aide : courses, recherche d’emploi, visites d’amis, loisirs. Autant de gages d’indépendance et de liberté.

Les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, les personnes isolées en situation de précarité ou encore les enfants accéderaient à des véhicules autonomes.

Par ailleurs, des espaces délaissés par les transports en commun – comme les zones résidentielles périphériques et rurales ou les banlieues – se trouveraient désenclavés grâce à des services de véhicules à la demande. Maintenir des lignes régulières, pauvres en fréquence et à la rentabilité économique impossible, et au final peu utilisées, ne serait plus nécessaire. Les livraisons rapides à l’aide de véhicules et de drones deviendraient également une réalité dans des zones reculées, en montagne ou en campagne.
Dernière promesse des véhicules autonomes, le gain de temps pour les citoyens pourrait être conséquent. Les transports cesseraient d’être une activité en soi. L’habitacle du véhicule serait transformé en espace modulable. Travailler, dormir, regarder un film : tout deviendrait possible. Les trajets de nuit pourraient être effectués dans des véhicules- couchettes familiaux ou individuels.
Des risques ? Que la société en demande toujours plus et que ce temps libéré se transforme uniquement en temps de travail. Mais aussi que la consommation électrique explose en pleine période de transition énergétique.

Cet article a été produit dans le cadre du Débat citoyen sur les véhicules sans conducteur.

(1) Bilan 2016 de l’Observatoire interministériel de la Sécurité routière http://bit.ly/2xVIu9C
(2) Selon une étude des chercheurs Greenblatt et Saxena, citée par le Forum international des transports (ITF), proche de l’OCDE https://www.itf-oecd.org/sites/default/files/docs/shared-automated-vehicles-business-models.pdf
(3) « Are you ready for the ressource revolution ? » https://www.mckinsey.com/business-functions/sustainability-and-resource-productivity/our-insights/are-you-ready-for-the-resource-revolution
(Ci-dessus) Publicité pour de futures autoroutes électriques (États-Unis, 1965).

Infrastructures

Vinci, acteur des infrastructures et des systèmes urbains, interroge les impacts des véhicules autonomes sur les infrastructures. Comment vont-elles contribuer à la sécurité routière et assurer des connections avec les véhicules et les passagers ? Comment la signalisation va-t-elle évoluer ? Comment satisfaire les besoins énergétiques ? Enfin, comment les formes des villes et l’espace urbain (dont les espaces de stationnement) vont-ils évoluer ?

Législation

La législation routière actuelle repose sur la convention de Vienne du 8 novembre 1968, dont la France est signataire. Dans son article 8, il est mentionné qu’un véhicule en mouvement doit avoir un conducteur et que celui-ci doit conserver constamment le contrôle dudit véhicule. Le législateur devra donc faire évoluer la loi pour autoriser la présence de véhicules 100% autonomes sur nos routes.

Les voitures papotent

Un palier supplémentaire de sécurité serait franchi grâce aux communications directes entre véhicules. Vitesse, direction,
emplacement… Tout serait connu à l’avance par les véhicules sans qu’ils se « voient ». Pour cela, un réseau 5G avec un temps de transmission inférieur à la milliseconde doit être mis en place. La 5G Automotive Association (5GAA) a vu le jour fin 2016. Elle rassemble constructeurs et entreprises
de communication.

DR – Wenchieh Yang/flickr
By | mars 7th, 2018|Non classifié(e)|Commentaires fermés sur Le meilleur des mondes sans conducteur

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