Sommes-nous prêts à larguer Titine ?

Rouler à bord de robots-taxis fait fantasmer. Mais les comportements humains ont la peau dure. Le chemin est long avant d’abandonner la voiture individuelle.

En quatre ans, le taux de jeunes de 18 à 20 ans titulaires du permis de conduire est passé de près de 75% à moins de 40%, (Le Parisien / OpinionWay). La voiture individuelle serait-elle vouée à disparaître ? Pas si vite ! Selon le sociologue Yoann Demoli, « le permis reste tout à fait banalisé parmi les jeunes classes d’âge, davantage que le baccalauréat. (…) La conduite automobile reste particulièrement appréciée et valorisée des plus jeunes ».

Comme le rappelle l’étude DAT et GFK en France (2016), 80 % des automobilistes estiment que la principale raison qui les pousse à posséder une voiture est la liberté personnelle qu’elle procure. L’automobiliste peut aller et venir sans avoir à vérifier la disponibilité d’un véhicule ou les horaires précis d’une navette. Le gain de temps est aussi la qualité plébiscitée par 88,1% des répondants à l’étude de l’Observatoire Cetelem Automobile 2017.
Cette habitude s’est muée en confort difficilement négociable. Mais cela renvoie également à une préoccupation de sécurité : en cas d’accident, il est possible de se rendre directement à l’hôpital sans attendre les secours. Surtout quand on habite loin de tout, donc loin des réseaux de transport en commun.

Performance, toujours

Le véhicule individuel est également un marqueur identitaire fort. « La voiture permet aux hommes d’affirmer leur virilité », confirme le psychanalyste Serge Tisseron. « Elle continue d’être investie comme un objet narcissique, destiné à valoriser celui qui la possède ». Par le passé, il s’agissait de mettre en avant la puissance. Esso : « Mettez un tigre dans votre moteur ». Aujourd’hui, avec BMW « Le plaisir est une énergie renouvelable ». Au final, il s’agit toujours de performance. En tout cas dans l’esprit de nombreuses agences de communication.

C’est aussi une expression sociale du statut de l’individu note Anaïs Rocci, sociologue au bureau de recherche 6T, spécialisé en mobilité urbaine. « Il paraît normal, en vieillissant, d’atteindre un niveau de confort de plus en plus élevé. » La voiture constitue en parallèle un marqueur du passage du temps. La chercheure poursuit : « L’automobile est inscrite dans le cycle de vie comme l’objet d’un rite de passage. Elle accompagne différentes étapes : entrée dans la vie étudiante, dans la vie active, changement professionnel, naissance d’un enfant, union ou séparation ».

Amour éternel ?

Par ailleurs, le véhicule est une extension de notre chez nous. « Le Français aime sa voiture », souligne Jean-Marc Bailet, ex-gendarme devenu docteur en psychologie. « Elle est un prolongement de sa maison ». Il y a, enfin, osons le dire, le plaisir de la conduite ! Selon l’étude de l’Observatoire Cételem 2017, plus de 8 automobilistes sur 10 déclarent adorer prendre le volant. 9 sur 10 envisagent un nouvel achat dans les deux ans, avec un budget égal ou supérieur à celui de leur acquisition précédente. Le véhicule autonome restera-t-il au garage ?

Cet article a été produit dans le cadre du Débat citoyen sur les véhicules sans conducteur.

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La Ford T (ici en 1910) : aux origines de la suprématie de la voiture individuelle. 

By | mars 6th, 2018|Non classifié(e)|Commentaires fermés sur Sommes-nous prêts à larguer Titine ?

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